Du 8 au 19 décembre 2025
Depuis la fin de mon stage d’immersion, il y a un mois déjà, je n’ai eu de cesse de raconter, à tous ceux qui m’ont interrogé sur le sujet, que j’avais « adoré » chaque seconde de ce stage.
Arrivé lundi 8 décembre à 9h00, j’étais à 9h10 devant un ordinateur pour me familiariser avec une partie assez ardue pour moi et ma concentration : l’administration. J’ai plongé dans les premières explications de démarches, parfaitement encadré par Isabelle, la co-directrice de la Coopérative funéraire.
À partir de cet instant, et jusqu’au vendredi 19 décembre, je suis entré dans un rythme professionnel soutenu, qui correspondait pleinement à mes attentes.
Avec quelques semaines de recul, je reste convaincu d’avoir vécu une expérience professionnelle et humaine durant laquelle je me suis senti, à chaque instant, à la bonne place.
Les deux semaines, qui s’annonçaient initialement calmes, se sont avérées très chargées : plusieurs décès survenus en peu de temps, des familles arrivées à l’improviste venant s’ajouter à ce qui était déjà prévu, des cérémonies de tous formats et des degrés de complexité administrative très disparates.
Au milieu de cette multitude d’activités, de situations, de rencontres et d’événements propres à ce milieu professionnel, j’ai été surpris de me sentir très rapidement à l’aise.
Je dois d’abord rendre hommage à l’accueil qui m’a été réservé. Pendant ces deux semaines, chacune des personnes rencontrées et ayant accompagné mon stage a fait preuve d’une attention remarquable. Je ne pense pas avoir bénéficié d’un traitement particulier, mais plutôt d’avoir eu la chance de rencontrer un collectif profondément investi et généreux, tant dans le partage de sa pratique professionnelle que dans celui de son engagement et de ses convictions politiques concernant le funéraire, avec beaucoup de pédagogie et d’enthousiasme.

J’ai rapidement été saisi par les nombreuses similitudes entre mon métier artistique et ceux du funéraire. Ces ressemblances sont particulièrement frappantes dans l’aspect organisationnel.
Là où une compagnie de danse produit un événement soumis à des contraintes de production, de temps, d’horaires et d’espaces, la coopérative funéraire organise un autre type d’événement, régi par des contraintes très proches. Les enjeux d’horaires, d’organisation et d’occupation des espaces de
cérémonie sont étonnamment similaires à ceux d’un théâtre.
La nécessité d’être ingénieux, de s’adapter aux aléas et de rendre la cérémonie la plus juste et précise possible rassemble également ces deux professions. Dans les deux cas, il existe un rapport très distendu entre les temps longs et les urgences. Là où un conseiller prend le temps d’accueillir et d’écouter les familles afin de construire une cérémonie sur mesure, s’opère en parallèle, et souvent en
coulisses, un travail rapide, urgent et minutieux pour réunir tous les paramètres nécessaires. Cette distension du temps existe aussi dans le spectacle vivant, entre les moments longs de création et les urgences de production.
De manière anecdotique: Au crématorium, j’ai parfois retrouvé la sensation du festival d’Avignon, où, pour partager un théâtre chaque jour avec d’autres artistes, il faut respecter un horaire extrêmement précis : quinze minutes pour investir un lieu, dix minutes pour faire entrer le public, quarante-cinq
minutes de cérémonie, puis dix minutes pour libérer l’espace et laisser place à une autre proposition artistique.
Enfin, ce qui me semble le plus important : écouter, faire de son mieux et être au plus juste avec l’ensemble de ces paramètres, sans jamais négliger notre public — ici, les familles. J’ai ressenti à quel point ces priorités sont centrales et communes à ces deux métiers.
J’ai constaté, avec une agréable surprise, que je me sentais à la « bonne place » face à la mort. Je n’ai pas été excessivement bouleversé par le contact avec les défunts et les familles. Lorsque l’émotion surgissait, elle n’a jamais été submergeante ni gênante. J’ai plutôt senti que ma présence avait une certaine utilité, qu’elle soit pratique ou humaine, et j’ai apprécié l’attention portée aux rythmes, à l’écoute, à l’humilité et à la délicatesse que requiert ce métier.
Certaines réalités ont néanmoins déplacé mon imaginaire de ce métier. Là où j’imaginais un devoir de perfection ou d’esthétisme précis face à la cérémonie, j’ai compris que tout doit, avant tout, être régi par la famille : son rythme, ses besoins, son état d’esprit et les paramètres liés au deuil. Là où j’envisageais une cérémonie réglée à la seconde près, j’ai découvert qu’il fallait avant tout suivre la famille. Il ne s’agit
pas de créer un « spectacle », mais de proposer un accompagnement qui, bien que jalonné par des impératifs, doit rester souple et attentif.
Comme le disait Grégory : « Donner un fil à suivre plutôt qu’imposer un cadre. »
Je suis convaincu que ce stage aura des répercussions sur ma pratique artistique. Ce que j’y ai appris sur l’alternance entre précision et souplesse, mais aussi sur l’engagement politique, l’écoute et l’intention collective, viendra nourrir mon travail.
J’en mesurerai très prochainement les effets concrets.
En conclusion, et dans la continuité de ce stage, je souhaite creuser cette voie professionnelle. J’envisage de me former en tant que conseiller funéraire, d’obtenir le diplôme nécessaire et, à plus long terme, d’associer cette profession, d’une manière ou d’une autre, à mon métier artistique.
J’ai la chance que mes engagements artistiques actuels me projettent sur deux à trois années. Je désire continuer à vivre pleinement de mon métier de chorégraphe tout en construisant, sur le long terme, mon investissement en tant que conseiller funéraire / célébrant.
Conscient que le cadre offert par la coopérative funéraire de Rennes est hors norme dans sa qualité et dans ses propositions, il faudra probablement que je me confronte à d’autres stages dans des entreprises plus traditionnelles. Dans tous les cas, ce que j’y ai découvert restera comme la boussole
de mon orientation dans ce métier.
Pour finir, je souhaite adresser une profonde révérence de remerciement à toutes les personnes qui m’ont accompagné en offrant de leur temps durant ces deux semaines : Isabelle, Claire, Grégory, Charlotte, Louis-Henry, Jean-Marc, Martin Super, Émeline, le préposé de la chambre funéraire de
Pontchaillou, ainsi que toutes les porteuses et porteurs, effervescent·es, coopérant.es et familles, que j’ai eu l’occasion de croiser. J’espère n’avoir oublié personne!
Christophe Garcia

