L’ACCOLADE DU LOMBRIC
Comment représenter la mort pour un festival ?

Le Festival de la Mort est un nouveau projet porté par la Coopérative funéraire de Rennes. Pour celle-ci, les représentations visuelles devaient montrer la prédominance de la personne humaine (accompagnant.e.s et accompagné.e.s lors des funérailles), avec son incarnation via les avatars de psychopompes.
Pour le festival, dont la programmation abordera le sujet de la mort dans sa globalité, sa représentation doit prendre une dimension plus vaste et ouverte. Nous nous réinterrogeons collectivement sur la place de la Mort dans la vie.

On retrouve universellement les évocations aux mondes du dessus et du dessous. Le mot « festival » évoque la fête, la vie, le monde des vivants, sur terre. Le mot « mort » est en-dessous, sous terre. L’espace visuel est séparé en 2 partie égales.

Mais la partie qui nous intéresse devient alors précisément cette séparation. Ce n’est plus une ligne franche, une frontière, on lui redonne tout l’espace. Cette zone est poreuse, flottante, intrigante. C’est la liminarité* telle que définie par l’ethnologue Arnold van Gennep, l’étape transitionnelle caractérisée par son indétermination.

Le vers participe activement au cycle du vivant, la biomasse animale et microbiologique sous terre est énorme et fondamentalement vitale pour le monde du dessus. Ce monde organique y ondule inlassablement comme la boucle de l’infini.
Ainsi, le vers de terre, cet animal qui souvent nous répugne, vient faire l’accolade entre nos 2 mondes, pour les relier, les embrasser.

LE VER DE TERRE SE MUE ET SE MEUT EN SERPENTIN

Au moment où nous commençons à communiquer sur ce festival, nous sommes encore dans son élaboration. L’identité graphique doit se permettre d’être, elle aussi, en mutation, d’évoluer avec les avancées de l’équipe organisatrice.
Ainsi, la base visuelle doit rester élastique dans sa manipulation, générique, synthétique mais floue, pour se laisser l’ouverture sur les prochaines déclinaisons.
En fonction des besoins de communication de l’équipe organisatrice du Festival, le lombric ira progressivement envahir les déclinaisons visuelles. La démultiplication de son image devient une matière plastique, presque abstraite à composer et laissant une certaine liberté de création. La forme permet alors de convertir sa narration.
Par exemple, sur le premier appel à participation, celui de rejoindre un chœur mortel, les vers de terre deviennent des serpentins bondissants et aériens exhalant d’une bouche.

Sur ce sujet, c’est intéressant de jouer avec les lecteur.ice.s du visuel sur 2 niveaux de lecture. La vue de loin, par l’attraction de la fête (cotillons et serpentins). Puis de prés, avec une répulsion de la mort et des vers qui grouillent.

Le festival étant porté par la coopérative funéraire de Rennes, la recherche de complémentarité graphique et narrative s’imposait. On retrouve dans les cotillons jaunes son logo démultiplié, comme un clin d’œil discret. Le traité graphique est le même dans le dessin et les couleurs.
Mais le festival, comme une progéniture qui garde l’identité parentale a d’abord son indépendance. Deux couleurs sont ajoutées : le rose vital et le kaki moribond. Il a aussi son propre caractère (typographique).

  • La liminarité ou liminalité est la seconde étape constitutive du rituel selon la théorie d’Arnold van Gennep (1873-1957). Elle englobe le concept de lisièrement.
    Selon cette théorie, le rituel (spécialement le rite de passage) provoque des changements pour ses participants, notamment des changements de statut. Ces changements sont accomplis par trois étapes successives :
  • La séparation de l’individu par rapport à son groupe.
  • La liminarité, c’est-à-dire la période du rituel pendant laquelle l’individu n’a plus son ancien statut et pas encore son nouveau statut.
  • La réincorporation, c’est-à-dire le retour de l’individu parmi les siens avec un nouveau statut.
    La liminarité est le moment crucial du rituel. C’est une étape transitionnelle caractérisée par son indétermination.